Sundo

Sundo est un mot de 5 lettres formé à partir du mot Sund auquel on ajoute la lettre O.

Le Sundo (coréen : 선도), transcrit Seondo selon la romanisation révisée du coréen et Sŏndo selon le système McCune-Reischauer, est une pratique interne coréenne rattachée au taoïsme. Elle réunit méditation, respiration et postures corporelles codifiées. En France, la forme abrégée Sundo est la plus utilisée ; l'appellation complète Kuksŏndo (국선도) reste celle de l'usage coréen.

Le Kuksŏndo travaille à la fois le corps, l’attention et l’énergie interne. Sa pratique s’appuie sur la respiration abdominale, le maintien de postures précises et des exercices destinés à faire circuler le Qi, ou énergie vitale. L’objectif est d’unifier le souffle, la posture et la concentration.

On le rapproche parfois du yoga indien ou du Qi Gong chinois, en raison de son travail respiratoire et méditatif. Le Kuksŏndo garde toutefois une identité coréenne marquée : il suit une progression organisée en tableaux et s’inscrit dans la tradition taoïste coréenne.

Son développement contemporain est lié à Chung San, dont l’enseignement a contribué à faire connaître le Kuksŏndo au grand public à partir de la seconde moitié du XXe siècle.

Étymologie

Le mot « Sundo » (coréen : 선도) s'écrit avec deux caractères chinois, ou (hanja) :

仙 (seon) : « l'immortel », le sage ou l'ermite accompli ;

道 (do) : « voie », le chemin spirituel ou philosophique.

Sundo signifie « voie de l’immortel » ou « voie du sage ». La discipline vise l’unification du corps, du souffle et de l’esprit.

La forme « Kuk Sŏn » (coréen : 국선), romanisée Gukseon selon la romanisation révisée et Kuksŏn selon le système McCune-Reischauer, signifie littéralement « immortel national » ou « sage national ». Jin Mok élargit cette lecture : le Kuk Sŏn n'est pas seulement le sage d'un pays, mais un être accompli dont la sagesse et la pratique sont destinées à l'ensemble de l'humanité.

Terminologie et romanisation

Sundo est une transcription simplifiée du coréen 선도. Les systèmes standards donnent Seondo en romanisation révisée du coréen et Sŏndo dans le système McCune-Reischauer.

La forme complète 국선도 se transcrit Gukseondo en romanisation révisée et Kuksŏndo en McCune-Reischauer.

On trouve aussi, selon les écoles ou les publications, des graphies séparées comme Seon Do, Kuk Sŏn ou Kuk Sŏn Do. Elles servent surtout à rendre les mots plus lisibles en distinguant leurs éléments, mais ne correspondent pas aux formes continues retenues par les systèmes de romanisation.

Dans l’usage actuel, plusieurs écritures coexistent : Sundo, SunDo et, plus rarement, Kouk Sun Do. Leur emploi varie selon les pays, les écoles et les contextes de diffusion.

Histoire et développement

Le Kuksŏndo s’inscrit dans les pratiques internes coréennes qui associent respiration, méditation, discipline corporelle et retraite en montagne.

La péninsule coréenne est marquée par un relief largement montagneux. Dans l’histoire religieuse et spirituelle du pays, la montagne occupe une place importante : elle sert de lieu de retraite, de méditation et de transmission. Le Kuksŏndo est rattaché à cet univers de pratiques intérieures liées au souffle, au corps et à la vie retirée.

Les traditions internes coréennes font remonter l’origine de ces pratiques à une période très ancienne de l’histoire du pays, parfois décrite comme plurimillénaire. Leur transmission a longtemps reposé sur une relation directe de maître à disciple, à l'écart des institutions publiques. Les premières traces historiques de pratiques comparables apparaissent cependant de manière plus nette à partir de la période des Trois Royaumes.

Ces traditions sont liées aux pratiques en montagne, parfois désignées comme un « taoïsme de la montagne » ou San Saram. Elles sont aussi rapprochées de groupes anciens tels que les Samrang et les Hwarang. Les Hwarang formaient une organisation de jeunes élites du royaume de Silla, connue pour son rôle dans l’unification de la péninsule coréenne. Le lien entre ces groupes et les traditions internes coréennes relève toutefois d’une lecture historique et spirituelle transmise par certaines écoles.

Le terme Kuksŏn (國仙), traduit par « immortel national » ou « sage taoïste », désigne dans certaines sources coréennes des figures spirituelles associées aux élites de cette période. La tradition mentionne notamment quatre Kuksŏn ayant enseigné aux Hwarang. La nature exacte de ces liens reste discutée et dépend des sources utilisées.

Le développement contemporain du Kuksŏndo est lié à Chung San, dont l’enseignement a permis la diffusion de la discipline auprès du grand public à partir de la seconde moitié du XXe siècle.

Chung San

Chung San (littéralement « Montagne Bleue »), également connu sous le nom de Be Kyung (« Frontière Secrète »), occupe une place centrale dans le développement moderne du Kuksŏndo et sa diffusion auprès du public.

Dans le récit transmis par la tradition, Chung San rencontre à la fin des années 1940, alors qu’il est encore enfant, un ermite taoïste nommé Chung Woon, « Nuages clairs », dans les montagnes. Celui-ci lui propose de lui transmettre son enseignement en échange d’un engagement à suivre un entraînement rigoureux.

Chung San suit ensuite une formation intensive auprès de Chung Woon et de son maître Moo Woon, « Sans nuage ». Cet apprentissage, qui dure environ vingt ans, comprend des pratiques internes et des disciplines physiques.

Au milieu des années 1960, Chung Woon lui demande de quitter la montagne pour transmettre cet enseignement au grand public. C’est à cette période qu’il reçoit le nom de Be Kyung.

Après plusieurs démonstrations publiques, Chung San fonde en 1967 la première école de Kuksŏndo à Séoul.

Son enseignement porte d’abord sur des pratiques internes, mais aussi sur certaines disciplines physiques et martiales. Il se recentre ensuite progressivement sur le travail interne.

Durant cette période, il rédige deux ouvrages en coréen : l’un consacré à son parcours auprès de Chung Woon, l’autre aux principes et à la pratique du Kuksŏndo.

En 1983, après avoir formé plusieurs élèves chargés de poursuivre la transmission, Chung San se retire de nouveau dans les montagnes.

Parmi les maîtres formés par Chung San, Hyunmoon Kim est souvent mentionné pour son rôle dans la diffusion du Sundo hors de Corée.

Hyunmoon Kim

À la fin des années 1970, Hyunmoon Kim commence à diffuser le Kuksŏndo en Occident, principalement aux États-Unis, au Canada et en Europe.

Docteur en philosophie, il présente le Kuksŏndo en reliant la tradition coréenne à des approches modernes du développement personnel. Il est l’auteur de l’ouvrage The Tao of Life.

Hyunmoon Kim fonde une école de Kuksŏndo à West Hartford, dans le Connecticut, et organise des retraites ainsi que des formations d’instructeurs à Barnet, dans le Vermont.

Il partage ensuite son activité entre les États-Unis et la Corée du Sud, où il intervient notamment à l’université Hanseo. Il préside également « l'International Institute for Sundo-Taoist Cultural Research » (IISCR), basé en Corée du Sud.

Son travail fait de lui l’un des relais importants de la diffusion internationale du Sundo dans le monde anglophone, à la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle.

Jin Mok

Jin Mok, fils de Chung San, est une figure contemporaine du Kuksŏndo.

Il dirige la World Bakdol Kuksŏndo Federation, organisation chargée de structurer et de coordonner la pratique du Kuksŏndo à l’échelle internationale. Cette fédération regroupe des pratiquants et des instructeurs en Corée du Sud ainsi qu’à l’étranger.

Jin Mok s’inscrit dans la lignée de transmission issue de Chung San. Son rôle marque le passage d’une transmission directe de maître à élève vers une organisation plus structurée, avec un suivi pédagogique, des standards d’enseignement et une coordination internationale.

Son action porte sur la préservation de la pratique, la cohérence de sa transmission et la clarification de sa terminologie. Elle participe à la formalisation contemporaine du Kuksŏndo et à son rayonnement hors de Corée.

En France

Philippe Lewkowicz

Philippe Lewkowicz représente en France la Fédération internationale de Kuksŏndo. Pratiquant d’arts martiaux depuis les années 1980, il découvre le Kuksŏndo en 1987 auprès de Hyunmoon Kim.

Il séjourne plusieurs années aux États-Unis, où il approfondit l’étude des techniques du Kuksŏndo sous la direction de Hyunmoon Kim. En 1996, il obtient en Corée un diplôme de maître dans cette discipline.

De retour en France pour des raisons professionnelles, Philippe Lewkowicz poursuit son activité et contribue à la diffusion du Kuksŏndo sur le territoire français.

Il confie ensuite à Nicolas Tacchi la responsabilité de poursuivre et de développer cet enseignement en France.

Nicolas Tacchi

Nicolas Tacchi est un enseignant suisse installé en France, actif dans la transmission du Kuksŏndo et du Sin Moo Hapkido. Il commence le Kuksŏndo au début des années 2000 auprès de Philippe Lewkowicz, puis poursuit sa formation avec Hyunmoon Kim, notamment lors de stages en France et d’une retraite de formation aux États-Unis.

Philippe Lewkowicz lui confie ensuite la poursuite du développement de l’enseignement du Kuksŏndo en France.

Parallèlement à son activité dans les arts internes, Nicolas Tacchi mène une carrière de musicien professionnel à l’Orchestre de l’Opéra national de Lorraine. Cette expérience l’amène à utiliser certaines pratiques corporelles et respiratoires issues du Kuksŏndo dans des contextes liés à la pédagogie musicale, à la posture, à la respiration et à la gestion du stress.

Il enseigne principalement en France, notamment à Nancy, ainsi qu’en Suisse et en Belgique, ainsi qu'en distanciel. Son activité est mentionnée dans des publications consacrées au bien-être et aux pratiques corporelles.

La pratique du Kuksŏndo

Le Kuksŏndo est une pratique interne centrée sur le travail du souffle, des postures et de la méditation. La notion de « Ki », équivalent coréen du « Qi » chinois y désigne l’énergie interne mobilisée par la respiration en cohérence cardiaque et la concentration.

Sa théorie rejoint celle de l'acupuncture : l’action se porte sur les méridiens du corps afin de favoriser la détente, le calme intérieur et l’équilibre général. Les exercices de base, bien que doux, développent la force, la souplesse, l’équilibre et la perception interne. Avec une pratique régulière, le pratiquant aborde ensuite des formes de méditation plus profondes en allongeant de plus en plus la respiration, ce qui prolonge ce travail interne.

Séance type

Une séance de Kuksŏndo se déroule généralement en trois temps : préparation du corps, travail principal du souffle et de l’énergie interne, puis étirements et circulation du Qi.

La première partie prépare le corps par des étirements et des auto-massages. Cette phase met le pratiquant en condition et stimule la circulation énergétique dans les méridiens.

La deuxième partie constitue le centre de la séance. Elle repose sur des postures tenues, organisées en tableaux ou en niveaux. Ces postures s’accompagnent d’une respiration abdominale profonde, dans le « Danjeon », (단전, 丹田), littéralement « champ de cinabre », centre énergétique situé dans le bas-ventre dans les pratiques internes coréennes. Le nombre de postures, leur durée et leur difficulté varient selon le niveau du pratiquant.

Selon le niveau, des exercices de visualisation peuvent s'ajouterau travail postural et respiratoire. Ces techniques accompagnent le travail de rétention du souffle et la circulation du Qi.

La troisième partie comprend des étirements, des torsions et des exercices de renforcement. Elle vise à faire circuler l’énergie dans l’ensemble du corps et à relâcher les tensions musculaires.

Comme la médecine traditionnelle chinoise, le Kuksŏndo fait référence aux cinq éléments et à l’équilibre du Yin et du Yang, dans le cadre des traditions taoïstes.

Progression

Le Kuksŏndo peut être pratiqué à tous âges et à tous niveaux, quelle que soit la condition physique initiale. La progression se fait à travers des exercices de difficulté croissante. Elle dépend de la régularité, de la qualité de la pratique et de l’intégration des principes respiratoires, posturaux et énergétiques propres au Kuksŏndo.

Dans le système de progression du Kuksŏndo, les niveaux sont organisés de la manière suivante :

Chunggi Dan Bŏp Chŏnpyŏn (중기 단법 전편), ceinture blanche : premier cycle de base, d’une durée minimale de 100 séances de pratique ;

Chunggi Dan Bŏp Hupyŏn (중기 단법 후편), ceinture blanche-jaune : deuxième cycle de base, d’une durée minimale de 100 séances de pratique ;

Kŏn'gon Dan Bŏp (건곤 단법), ceinture jaune : cycle intermédiaire préparant l’entrée dans les tableaux de Wŏn'gi Dan Bŏp, d’une durée minimale de 100 séances de pratique ;

Wŏn'gi Dan Bŏp (원기 단법) : progression principale du cursus, composée de 30 tableaux répartis en plusieurs étapes, chacune d’une durée minimale de 150 séances de pratique :

tableaux 1 à 5, ceinture jaune-rouge ;

tableaux 6 à 10, ceinture rouge ;

tableaux 11 à 15, ceinture rouge-bleue ;

tableaux 16 à 20, ceinture bleue ;

tableaux 21 à 25, ceinture bleue-grise ;

tableaux 26 à 30, ceinture grise ;

Ch'ukki (축기), ceinture grise-noire : niveau avancé, d’une durée minimale de 100 séances de pratique ;

Kuksŏn (국선), ceinture noire (1 étoile) : premier degré supérieur, d’une durée de 1 à 5 ans ;

Pŏpsŏn (법선), ceinture noire (2 étoiles) : d’une durée de 6 à 10 ans ;

Kŏmsŏn (검선), ceinture noire (3 étoiles) : d’une durée de 11 à 20 ans ;

Chinsŏn (진선), ceinture noire (4 étoiles) : d’une durée de 21 à 30 ans ;

Tosŏn (도선), ceinture noire (5 étoiles) : d’une durée de 31 à 40 ans ;

Sŏnsa (선사) : titre de grand maître.

Positionnement et spécificité

Le Kuksŏndo est souvent comparé au yoga indien ou au Qi Gong chinois en raison de l’usage de la respiration, des postures et du travail énergétique, il s’en distingue par son origine coréenne, sa progression organisée en tableaux et son rattachement aux traditions taoïstes propre à la péninsule coréenne.

Contrairement aux approches thérapeutiques ou médicales, le Kuksŏndo est une pratique interne visant le développement global de l’individu, intégrant le corps, la respiration et l’esprit dans une perspective de transformation personnelle, en harmonie avec la nature.

Bibliographie

(en) Algirdas Kumža, Kuksando. Road Book, Alma Littera, 2018

(en) Hyunmoon Kim, The Tao of Life: An Investigation of Sundo Taoism's Personal Growth Model as a Process of Spiritual Development, Saybrook Graduate School and Research Center, 2002

(ko) Ko Nam-jun, 국선도의 큰 스승, 청산선사, 북랩,‎ 2022 (ISBN 9791168361645)

Notes et références

Notes

Références

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