Laide

Laide est un mot de 5 lettres formé à partir du mot Laid auquel on ajoute la lettre E.

Laide
Laide

Laide est un roman écrit par Juliette Lamber, nom de plume de Juliette Lambert aussi connue sous le nom de Juliette Adam, est paru en 1878. Laide constitue le premier tome d'une trilogie d'inspiration néo-helléniste, il est suivi de Grecque (1879) et Païenne (1883). Juliette Lamber l'a initialement publié pour son amie et mentor George Sand, qui l'a influencée sur ses idées et sa littérature.

L’œuvre a été publiée pour la première fois chez l'éditeur Calmann Lévy, à la Librairie Nouvelle située à Paris en 1878. Puis en 2023 par les éditions des Véliplanchistes, qui ont réédité l'œuvre avec une préface écrite par Ying Wang.

Résumé

Hélène, atteinte de la fièvre typhoïde, a perdu toute beauté, devenant laide aux yeux de la société. Ne supportant pas ce qu'il considère comme imparfait, son père Martial, personne esthète, la rejette ; selon lui, la laideur est une atteinte à la sculpture. Elle est chassée du domicile de son père, elle finit par détester les femmes. Suite à cela, elle décide de se consacrer aux arts.

Décrite comme une personne hors norme, courageuse, elle finit par accepter ce qui fait d'elle une jeune femme différente, et encourage le fait d'être originale et différente. Elle privilégie l'intellect à l'apparence, tout en rejetant l'image de la femme traditionnelle. Grâce à cela, elle s'impose peu à peu dans les domaines de l'art et de la littérature à Paris. Le salon qu'elle organise attire un grand nombre de littéraires, de savants et d'érudits.

Hélène est amie depuis l'enfance avec Guy. Il l'admire par son intelligence, sa force morale. Cependant, sa laideur est un blocage pour lui. Il finit tout de même par l'épouser.

La société ne la voit plus par sa laideur mais par son indépendance, sa force et son intelligence.

Personnages

Hélène : le personnage principal du roman. Dès le début, elle est appelée « la laide », surnom qui renvoie au jugement social porté sur son physique. Elle est issue d'un milieu artistique. Hélène met en lumière les conditions des femmes au xixe siècle dans un milieu bourgeois. On suit son évolution intérieure, sa souffrance morale et sa résignation.

Martial : le père d'Hélène. C'est un sculpteur et esthète, très attaché à l’idéal de beauté. L'art a une place centrale dans sa vie. Son obsession pour le beau remet en doute l'amour qu'il éprouve pour sa fille. C'est une figure autoritaire et distante qui contribue au mal-être d'Hélène.

Romain : ami proche de Martial. Également peintre, il partage le même univers artistique. Il est aussi proche d'Hélène avec qui il entretient une relation bienveillante. Il a un rôle de médiateur entre Martial, Hélène et son fils Guy, sans réellement intervenir.

Guy : fils de Romain et le mari d’Hélène. Peintre, il appartient lui aussi au domaine de l'art. Son personnage illustre les limites du mariage bourgeois et la difficulté des hommes à surpasser les conditions sociales.

Réception

Lors de sa parution, Laide recueille énormément de succès mais aussi de critiques. Publié dans le Constitutionnel du 15 juillet 1878, l'article de Barbey d'Aurevilly dans la rubrique « Littérature – Laide par Juliette Lamber – (Lévy) » explique son pessimisme sur les « bas-bleus » dont, selon lui, Juliette Lamber fait partie. Il la qualifie de « bas-bleu compliqué, à deux teintes, politique et littéraire ». Il compare Juliette Lamber à Germaine de Staël : cette dernière se serait soumise au patriarcat, contrairement à Juliette Lamber qui, selon lui, « sait mieux ce qu’elle vaut ». Il compare également leur physique en affirmant que Mme de Staël est laide, tandis que Juliette Lamber est belle, ce qui renforce chez elle un mal-être lié au fait d’être considérée comme un bas-bleu. Il justifie alors l’écriture de Laide en sous-entendant que cette situation serait l’une des raisons de son écriture : « Elle aurait voulu se donner le mérite d'un livre désintéressé. »

Il qualifie Hélène de « laide pour rire » et sans aucune impertinence. Il reconnait le sujet comme étant bon s'il avait été écrit par une autre personne. Il pose un débat sur la beauté et la laideur de la femme. Il critique la légitimité et le manque d’audace de Juliette Lamber, dont la plume trop féminine n’ose pas montrer la laideur, et remet en cause sa foi. Il qualifie ainsi le livre de « pauvre production, du reste, et de pauvre talent ».

Dans d'autres journaux comme le Journal de l'Aveyron du 27 juin 1878, il est mentionné que Laide est un roman à grand succès et que la deuxième édition a été retirée quelques mois après sa parution. Le 31 mai 1879, Ego publie dans l'Illustration, un article où l'œuvre est aussi mentionnée, tout comme l'article de Barbey d'Auvervilly dans le Constitutionnel. Il confirme que son idée est partagée par de nombreuses critiques. Il mentionne également Sand et l'influence qu'elle a eue sur Juliette Lamber, et ses salons.

Analyses et commentaires

Dans son article « Déviance et transgression : L'image de l'“ange” rebelle dans “Laide" de Juliette Lamber », en 2014 et également dans son œuvre Le handicap dans la littérature féminine au xixe siècle en France, parue en 2025, Ying Wang explique que les critiques se sont concentrées sur la laideur et la beauté dans l'œuvre. L'image de la femme rebelle est mise de côté par les critiques. Tout ce qui contredit la féminité traditionnelle, c'est-à-dire la laideur, l'intelligence et la puissance, est écarté. Cependant ces valeurs sont nécessaires pour comprendre les enjeux politiques et littéraires que l'autrice donne à son œuvre.

Dans son article, Wang écrit qu'Hélène n'entre pas dans le système de beauté traditionnelle patriarcale, qui dicte ce à quoi le corps de la femme doit ressembler. Laide commence en décrivant une beauté, on y retrouve par exemple de belles formes grecques ou encore Martial et Romain donnent une définition de l'art qui est un fantasme patriarcal, qui est un paradoxe entre son art et son devoir paternel. C'est cette injustice qui donne à Hélène la force de s'émanciper de la société et de commencer une nouvelle vie, et de devenir « l'ange rebelle » selon les termes de Ying Wang.

Le symbole de la laide est présent dans les descriptions de son environnement : beaux jardins, beaux hôtels, tout est d'une inspiration grecque. Elle est représentée avec une certaine clairvoyance sur les fantasmes masculins.

Lorsqu'elle est intégrée dans le monde de l'art, son physique passe au second plan et son intelligence au premier. L'indépendance et l'originalité d'Hélène sont vivantes, applaudies par les hommes, face à sa laideur, ce qui montre une utopie féminine : elle n'est plus jugée sur son corps.

Il y a un paradoxe entre Guy qui est beau et Hélène qui est laide. Guy étant un peintre, méprise la laideur d'Hélène et ses défauts en tant que femme. Cependant, il se confie sur ses aventures à Hélène, ce qui démontre une faiblesse en tant qu'homme. Il refuse de voir Hélène comme une femme, et la voit comme un homme. Elle devient la porte-parole des femmes considérées comme laides et montre leur exclusion de toutes vies amoureuses.

Éditions

Calmann Lévy, 1878 , Paris, 1 vol., in-18, 311 p. (édition originale)

Lemerre, 1910, Paris (réédition ancienne)

Hachette et BNF, 2016, Paris (réédition patrimoniale, tirage à la demande)

Éditions des Véliplanchistes, 2023, Paris. Réédition critique préfacée par Ying Wang, 224 p., (ISBN 978-2-492550-07-2).

Notes et références

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