Kenuz
Kenuz est un mot de 5 lettres formé à partir du mot Kenu auquel on ajoute la lettre Z.
Que signifie le mot Kenuz ?
Les Kunuz (en nubien : ⲕⲟⲩⲛⲟⲩⲍ) sont une tribu nubienne d’Égypte, historiquement établi dans le nord de la Nubie égyptienne, le long du Nil, d’Assouan jusqu’au district d’al-Madiq / Maharraqa. Ils parlent le kenzi (également appelé mattokki), une langue nubienne proche du dongolawi (andaandi) parlé au Soudan.
Il existe également des communautés kunuz au Soudan, notamment à Bahri, à Omdurman et dans l’État du Nord. À Bahri, les Kunuz sont notamment appelés « Shellalyin ».
Avant le déplacement de 1963-1964, la plupart des Kunuz avaient déjà une forte tradition de migration vers les villes égyptiennes (Le Caire, Alexandrie, Assouan), tout en conservant une identité ethnique distincte.
Histoire
Origine du nom
Au 9e siècle des Arabes de Rabīʿa et de Banu Hanifa s’installent autour d’Assouan et dans le Wadi Allaqi. Ils s’allient aux Beja et épousent des femmes de ce même peuple. En 1006-1007 leur chef reçoit du calife fatimide le titre de Kanz al-Dawla. Le clan prend alors le nom de Banu Kanz. Il tient la frontière entre l’Égypte et la Nubie chrétienne répand l’islam vers le sud et adopte progressivement le nubien. Au début du 14e siècle un Kanz al-Dawla règne un temps sur le royaume de Makurie. Vers 1365 ce pouvoir disparaît et les Mamelouks installent des Hawwara contre eux. Le nom demeure. Les descendants ne forment plus une dynastie mais un peuple de la rive appelé al-Kunuz.
Société villageoise
Du 15e siècle au 20e siècle les Kenuz occupent la bande la plus septentrionale de la Nubie égyptienne d’Assouan jusqu’à al-Madiq et Maharraqa. Au sud se trouvent les Fadija locuteurs du nobiin.
L’espace cultivable est étroit entre le désert et le Nil. L’économie repose sur les palmeraies la noria et de petites cultures. Les hommes partent dès le 19e siècle travailler au Caire à Alexandrie ou à Assouan. Les femmes restent souvent au village et transmettent la langue.
L’organisation sociale combine la résidence villageoise et la filiation paternelle. Le lignage ou qabila intervient pour les terres les mariages les funérailles le cimetière et le culte du saint local. Le mariage se fait surtout à l’intérieur du groupe souvent avec une cousine du côté paternel. Les fêtes de saints ou mawlid ponctuent l’année au bord du fleuve.
Montée des eaux
Le premier barrage d’Assouan provoque des inondations en 1902 1912 et 1933. Les Kunuz situés le plus au nord sont atteints les premiers. Plusieurs villages de la zone de Shellal disparaissent. Dès le début du 20e siècle des familles partent au -Soudan notamment à Bahri où elles reçoivent le nom de Shellalyin. Vers 1960 une part importante des Nubiens d’Égypte vit déjà en ville tout en conservant le village du Nil comme centre d’appartenance.
Haut barrage et période contemporaine
En 1963-1964 le haut barrage noie l’ancienne Nubie. Environ 50 000 Nubiens d’Égypte sont transférés à Kom Ombo loin du fleuve. Les Kunuz s’établissent au nord-est de cette Nouvelle Nubie. Les villages sont reconstruits et certaines pratiques comme les mariages les chants et les mawlid se maintiennent. Le kenzi recule face à l’arabe égyptien tout en restant un marqueur identitaire. La mémoire des villages noyés occupe une place centrale.
Au Soudan les Shellalyin forment une communauté plus réduite à Bahri à Omdurman et dans l’État du Nord. L’appartenance se transmet par la lignée paternelle et par le souvenir de Shellal.
Un Kunuz se définit aujourd’hui par un village d’origine un lignage une langue et l’expérience du déplacement. Banu Kanz explique le nom du groupe. L’histoire du peuple est celle de la vallée puis de l’exil.
Organisation sociale
Chez les Kunuz (notamment étudiés à Dahmit), deux principes s’articulent :
• la résidence : ménage, village ;
• la descendance patrilinéaire : lignages et « tribus ».
Le lignage reste une unité importante : propriété collective (terres, pompes, boutiques), gestion des cimetières et sanctuaires, entraide aux mariages et funérailles. Le système rappelle une structure tribale segmentaire d’inspiration arabe, avec peu de traces du matrilignage ancien de la Nubie pré-arabe. Le mariage préférentiel est endogame (souvent cousin parallèle patrilinéaire, avec toutefois un biais matrilatéral observé).
Un exemple bien documenté est le clan des Mehennab.
Personnalités
Abdallah Khalil (1892, Omdurman – 1970, Khartoum), homme politique et militaire soudanais d’origine kenzi.
Mohamed Mounir (né le 10 octobre 1954 à Assouan), chanteur et acteur égyptien d’origine nubienne.
Haissem Hassan (né le 8 février 2002 à Paris), footballeur international égyptien, ailier droit.
Haitham Moustapha (né le 19 juillet 1977 à Bahri), footballeur soudanais, milieu offensif.
Voir aussi
Bibliographie
(en) Charles Callender et Fadwa El Guindi, Life-Crisis Rituals Among the Kenuz, Press of Case Western Reserve University, 1971 (ISBN 978-0-8295-0205-3, présentation en ligne)
(en) Claire Fowler Horton, Value Orientations Among the Kenuz, Verlag nicht ermittelbar, 1974 (présentation en ligne)
Charles Callender, « The Mehennab : a Kenuz tribe », in Robert A. Fernea (éd.), Contemporary Egyptian Nubia, 1966.
Nicholas S. Hopkins & Sohair R. Mehanna (éd.), Nubian Encounters, chapitre « The Kenuz », 2011.
Frédérique Fogel, Migrations et identités d’un groupe nubien (Égypte) (thèse), 1994.
Ahmed Sokarno Abdel-Hafiz, A Reference Grammar of Kunuz Nubian.
Robert A. Fernea, travaux sur la Nubie égyptienne contemporaine.
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