Baiju

Baiju est un mot de 5 lettres formé à partir du mot Baij auquel on ajoute la lettre U.

Baiju
Baiju

Baïdju ou Baiju ou Baijy Noyan est un commandant mongol en Perse qui contribue à l'extension de l'Empire mongol au Moyen-Orient et étend son influence jusqu'en Anatolie.

Sous le règne d’Ögedeï il achève l'invasion du Khwarezm en défaisant le dernier Khwarezmchahs sous les ordres de Tchormaghan. Il poursuit l'offensive sur la Transcaucasie et succède à la tête de l'armée d'invasion en 1241. Il dirige alors l'armée vers le sultanat seldjoukide en Anatolie et étend l'influence de l'Empire mongol au terme de cette campagne militaire.

Au terme de ces campagnes, il joue un rôle central dans l'administration mongole du Moyen-Orient au service de Güyük et Möngke. Il assiste Houlagou Khan lors de la bataille de Bagdad avec réticence. Ce dernier le fait exécuter en 1260 afin d'asseoir sa position d'Ilkhan.

Nom

Le nom Baïdju varie selon la translittération. Noyan est un titre militaire mongol équivalent au titre persan d’Amir-e Tûmân, en persan : amīr-e tūmān, امیر تومان, commandant de dix-mille (hommes) c'est-à-dire responsable d’une région capable de fournir dix-mille soldats.

Biographie

Origine et ascencion

Baïdju appartient au clan des Bésut (ou Besüd). Il est un proche parent de Djébé Noyan, l’un des généraux les plus célèbres de Gengis Khan. Son père, qui avait été nommé chef d’un mingan (une unité de 1 000 soldats) par Gengis Khan lui-même, lui transmet son commandement ainsi que son poste de qorchi (porteur de carquois) au sein de la garde impériale (keshik).

Ce service au sein de la garde du Khan lui ouvre la voie à de futures promotions. Sous le règne d'Ögödei (1229–1241), Baïdju est intégré à une tamma (armée de garnison frontalière) de 1 000 hommes, commandée par Tchormaghan. Cette force est envoyée en Iran occidental pour achever l'invasion mongole de l'Empire khwarezmien et neutraliser les restes de l’armée menées par le dernier Khwarezmchahs Jalal ad-Din. khorezmienne et y établir la domination mongole. L'objectif est atteint en 1234. Chormaqan installe alors son armée dans les plaines de Mughan, et distribue des territoires à gouverner et à taxer à ses officiers supérieurs, dont Baïdju.

Commandement en chef et invasion de l'Anatolie

En 1240, selon les sources, Tchormaghan est soit frappé de mutisme (sans doute de paralysie), soit d'infirmité, soit il meurt. Les commandants de l’armée et la veuve de ce dernier, Altan, choisissent Baïdju pour lui succéder. En 1243, l’impératrice régente Töregene valide officiellement cette nomination.

Dès l'été 1243, Baïdju lance une campagne d’expansion agressive vers l’ouest contre le Sultanat seldjoukide de Roum sur lequel règne le sultan Kay Khusraw II. Après avoir pillé et massacré la population de la ville d’Erzurum en 1242, il affronte directement le sultan. Le 26 juin 1243, lors de la bataille de Köse Dağ , l'armée de Baïdju – pourtant deux fois moins nombreuse – profite de l'excès de confiance des Seldjoukides pour remporter une victoire totale. Les Mongols s'emparent alors de villes majeures comme Erzincan, Kayseri et Sivas.

Après cette bataille, Kay Khusraw II recherche l’aide de son ennemi l’empereur de Nicée Jean Vatatzès avec lequel il signe un traité d’alliance. Cette campagne étend l’empire mongol jusqu’aux portes de l’empire de Nicée. Dès les premiers revers son allié et vassal l’empereur de Trébizonde préfère se déclarer vassal des Mongols et leur payer un tribut. Kay Khusraw est alors contraint d’en faire autant. Le roi de petite Arménie Héthoum Ier se soumet lui aussi à l’Ilkhanat, assurant ainsi la sécurité des Arméniens vivant hors de Cilicie. Cette politique est poursuivie par ses successeurs ce qui protègera la Cilicie aussi bien des Seldjoukides que des Mamelouks.

En Transcaucasie, la reine Rousoudan de Géorgie est contrainte de demander la paix. La Géorgie devient, elle aussi vassale des Mongols. En 1245, Bayju consolide la domination mongole au Kurdistan en occupant Khilat (Ahlat) et Amid (Diyarbakır). Les Mongols remettent Khilat à leurs vassaux géorgiens. L’atâbeg Zengides de Mossoul Bedr ad-Dîn Lu’lu’, reconnaît aussi la suzeraineté mongole.

L'administration de l'Anatolie reste formellement entre les mains des Seldjoukides, qui paient un tribut à Baïdju. Après la mort du sultan Kaykhusraw en 1246, ses trois fils se disputent la succession. Cet affaiblissement pousse la cour seldjoukide à voir en Baïdju un arbitre et un garant de la stabilité. Il intervient dans l'organisation des armées locales et offre l'asile aux réfugiés politiques à Konya. Le poète et cheikh soufi Rumi dira que « Baiju est un ami de Dieu, mais il ne le sait pas. ». Les trois fils, mineurs, se retrouvent sous la tutelle des vizirs et des Houlagides Güyük attribue le trône du sultanat de Roum à Kılıç Arslan IV, de préférence à son frère aîné Kay Kâwus.

Rivalités internes et disgrâce temporaire

En 1246, à la fin de la régence qui suit la mort d’Ögedei, Güyük est élu grand khan. Malgré ses succès en Anatolie, la position de Baïdju suscite des tensions au sommet de l'Empire. Le calife de Bagdad Al-Musta'sim parvient à repousser des raids mongols en 1238 et 1245. Le nouveau grand khan, agacé par cette résistance, en rejette la faute sur Baïdju. En 1247, Güyük réorganise l'administration du Roum et de la Géorgie, rétrograde Baïdju et le remplace par l'un de ses fidèles, Eljigidei (en).

Bayju semble moins bien disposé envers les chrétiens que son prédécesseur Tchormaghan. Les cinq frères dominicains envoyés du pape Innocent IV et dirigés par Ascelin de Lombardie sont froidement reçus. Il arrive le 24 mai 1247 au camp de Bayju situé du côté de l’Arran, au nord de l’Araxe, à l’est du lac Göktcha. Peu diplomate, Ascelin refuse d’accomplir devant Bayju la triple génuflexion due au représentant du khan. Bayju, furieux, menace de faire exécuter les dominicains. Le 17 juillet 1247, Eljigidei envoyé par le grand-khan Güyük arrive au camp de Bayju. Celui-ci est chargé de remettre à Ascelin un message pour le pape. Ce message est de la même nature que celui qui avait été envoyé en novembre 1246 et confiée à Plan Carpin : Güyük revendique de droit divin l’empire universel et demande au pape de lui rendre hommage en personne, faute de quoi il sera traité en ennemi. Ascelin et ses compagnons quittent le camp de Bayju le 25 juillet 1247. Bayju leur adjoint deux envoyés « mongols » qu’Innocent IV reçoit longuement en 1248. Le 22 novembre 1248, Innocent leur remet une réponse pour Bayju.

Contrôle du Moyen-Orient

Arrivée d'Houleghou et bataille de Bagdad

En 1251, après une nouvelle période de régence, Möngke est élu grand khan. Entre la mi-octobre 1251 et la mi-février 1252, Möngke fait arrêter et mettre à mort Eljigidei. Bayju reste seul chargé du gouvernement militaire jusqu’à l’arrivée d’Hülegû en octobre 1255. Möngke ordonne ensuite à Baïdju de mettre ses forces au service d'Hulagu, envoyé pour conquérir définitivement le Moyen-Orient. Baïdju avait lui-même alerté le Khan de la résistance opiniâtre du calife abbasside, ce qui, selon le vizir Rashid al-Din, avait motivé l'envoi de cette grande armée.

En 1256, Michel Paléologue mène la guerre face à Michel d'Epire. Accusé de conspiration il se réfugie chez `Izz ad-Dîn Kay Kâwus qui le met à la tête de ses soldats combattant les Mongols. Möngke convoque Kay Kâwus. Ce dernier n’a guère envie de cette rencontre, il envoie à sa place son jeune frère `Ala' ad-Dîn Kay Qubadh II chargé de riches présents pour le Khan. En chemin, à Erzurum, Kay Qubâdh est assassiné. Möngke provoque une enquête sur cette mort mais elle ne mène à rien. Bayju demande à Kay Kâwus de lui procurer des quartiers d’hivers et d’été en Anatolie pour que son armée et sa tribu puisse s’y installer. Mécontent du retard que Kay Kâwus met à s'acquitter du tribut, Bayju engage le combat et vainc les armées seldjoukides à Aksaray (octobre 1256). Kay Kâwus trouve refuge auprès de l’empereur byzantin Théodore II Lascaris (1261). Cette défaite des Seldjoukides provoque un nouvel afflux dans l’ouest de l’Anatolie de populations turques qui fuient l’avance mongole.

Hülegû accuse Bayju de n’avoir rien fait ces dernières années sauf d’avoir fait peur aux troupes mongoles avec la puissance du calife abbasside. Bayju se lance alors dans une série de campagnes victorieuses pour se racheter aux yeux d’Hülegû. Hülegû lui reproche aussi de n’avoir pas su fournir des troupes pour la guerre contre les Assassins. Bayju reçoit l’ordre de rejoindre Mossoul et de descendre le long de la rive droite du Tigre pour protéger le flanc ouest de ses armées qui partent à l’attaque de Bagdad. Bagdad est prise par Hülegû, avec la participation de Bayju, le 10 février 1258.

Malgré ses services, les relations entre Baïdju et Hulagu sont mauvaises. Baïdju s'était montré réticent à l'arrivée d'Hulagu, craignant pour son indépendance en Anatolie, et avait initialement tenté d'esquiver la campagne d'Irak sous divers prétextes avant d'y être contraint par la force. De son côté, Hulagu se méfiait de l'autonomie de Baïdju et de ses liens étroits avec les dirigeants de la Horde d'or.

Conquête de la Syrie

Pour terminer le programme tracé par Möngke, Hülegû va à la conquête de la Syrie et de l’Égypte. La grande armée mongole se met en marche vers la Syrie. L’avant-garde est menée par Ketboğa. L’aile droite est commandée par Bayju et le centre par Hülegû en personne. Le 18 janvier 1260, cette armée renforcée par les Arméniens du roi Héthoum et par les Francs de Bohémond VI, commence le siège d’Alep, que défend l’ayyoubide Tûrân Châh

. La chute d’Alep entraîne celle de Hama, qui se rend sans combat. Le 1er mars 1260, Ketboğa accompagné par le roi d’Arménie et par Bohémond VI, entre dans la ville de Damas abandonnée par ses défenseurs. Le 6 avril la citadelle capitule.

Fin de vie

La conquête de la Syrie est perturbée par la mort de Mongke qui pousse Hulegu à quitter le front pour se rendre au qurultay. Ce qui arrive ensuite à Bayju est obscur, mais le contingent laissé par Hülegû n’est pas sous ses ordres de Bayju mais ceux de Ketboğa.

Selon les sources, la date et les motifs de sa fin de vie varient mais ont en commun une exécution ordonnée par Hulagu pour désobéissance. Elle se serait soit produite après la bataille de Bagdad, en 1259, soit après la défaite de la bataille d'Aïn Djalout en 1260.

Baïdju dans la culture populaire

La série télévisée turque Diriliş: Ertuğrul, qui relate de manière romancière la vie d'Ertuğrul de 2014 à 2019, il est interprété par Barış Bağcı.

Notes et références

Bibliographie

Donald MacGillivray Nicol (trad. de l'anglais par Hugues Defrance), Les derniers siècles de Byzance, Paris, Tallandier, coll. « TEXTO », 2008, 530 p. (ISBN 978-2-84734-527-8), p. 530

René Grousset, L’empire des steppes, Attila, Gengis-Khan, Tamerlan, Paris, Payot, 1965, 4e éd. (1re éd. 1938), (version .pdf) 669 (présentation en ligne, lire en ligne)

(en) George Lane, Early Mongol Rule in Thirteenth-century Iran, Routledge, 2003, 330 p. (ISBN 978-0-415-29750-9, présentation en ligne)

(en) J. J. Saunders, The History of the Mongol Conquests, University of Pennsylvania Press, 2001, 275 p. (ISBN 978-0-8122-1766-7, présentation en ligne)

Liens externes

Ressource relative aux beaux-arts : Biblissima

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